Faire le takfir d’un musulman
Question :
As-Salam ‘alaykoum wa rahmatoullah wa barakatouh. Noble cheikh, qu’Allah soit bienfaisant envers vous et qu’IL bénisse vos efforts. Pourriez-vous répondre à ma question ci-dessous ? BarakAllahou fikoum :
Durant l’une des écoutes de vos cours vous expliquiez que l’on ne peut pas juger de la mécréance d’un musulman simplement parce qu’il commet certains actes de mécréance, comme ne pas prier ou autres, car ce n’est pas à nous, en tant que “simple musulmans”, de juger, mais plutôt aux personnes savantes ou aux autorités compétentes.
Cependant, une connaissance m’a dit que l’on peut faire le takfîr d’un musulman s’il commet un acte majeur (par exemple, ne pas prier), et que même s’il jeûne pendant le Ramadan, son jeûne ne serait pas valide. Comment puis-je répondre à cela et sur quelle preuve (dalîl) puis-je m’appuyer ?
Qu’Allah me pardonne si j’ai mal compris vos paroles et je m’excuse auprès de vous. Merci pour votre réponse.
BarakAllahu fîk.
Résumé de la réponse :
Le takfîr (déclarer une personne mécréante) est un sujet très grave en Islam, contre lequel le Prophète ﷺ a fortement mis en garde. Accuser quelqu’un de mécréance sans preuve peut se retourner contre celui qui le dit.
Les savants distinguent deux choses :
• Juger un acte comme étant de la mécréance ;
• Juger une personne précise comme mécréante.
Une personne peut commettre un acte de mécréance sans être déclarée mécréante, car elle peut être excusée (ignorance, erreur, contrainte, mauvaise interprétation, etc.).
Avant de juger une personne, plusieurs conditions doivent être réunies (science, intention, liberté, preuve établie), et certains empêchements doivent être levés.
Ainsi, le takfîr d’une personne précise ne peut être prononcé que par des savants ou des autorités compétentes, après un examen rigoureux.
Réponse :
Wa ‘alaykoum as-salām wa rahmatoullāh wa barakātouh,
La question porte sur un sujet extrêmement grave et délicat en Islam : le takfîr (le fait de juger une personne comme mécréante). Il est essentiel d’y répondre avec rigueur, en se fondant sur le Coran, la Sounnah et la compréhension des savants.
Le Prophète ﷺ a mis en garde contre la légèreté dans ce domaine en disant : « Celui qui dit à son frère : “Ô mécréant !”, cette accusation retombe sur l’un des deux. » (Al-Boukhâri n° 6104).
Dans une autre version : « Si celui à qui cela est adressé n’est pas comme il a été décrit, alors cela revient à celui qui l’a dit. » (Mouslim n° 60).
Ces hadiths montrent clairement que le takfîr est une affaire extrêmement grave, qui peut se retourner contre celui qui le prononce sans droit.
Il faut avant tout comprendre un principe fondamental :
Il doit impérativement exister une preuve claire et irréfutable tirée du Coran, de la Sounnah authentique, ou de l’unanimité (ijmâ‘) des savants, établissant que cette croyance, cette parole ou cet acte relève de la mécréance majeure.
En effet, le jugement de mécréance n’appartient qu’à Allah ﷻ. C’est Lui qui légifère ce qui relève de la foi et ce qui relève de la mécréance. Cela ne saurait reposer sur des opinions personnelles, des émotions ou des jugements hâtifs.
Allah ﷻ dit :
إِنِ الْحُكْمُ إِلَّا لِلَّهِ
(Sourate Yoûsouf, verset 40)
{ Le jugement n’appartient qu’à Allah.}
Ainsi, aucun péché, aussi grave soit-il, n’entraîne automatiquement la mécréance. Selon le principe des gens de la Sounnah, le musulman ne sort pas de l’Islam en commettant un péché, même majeur, tant qu’il ne rend pas licite ce qu’Allah a interdit ou ne nie pas un fondement de la religion connu nécessairement.
Ainsi, les savants d’Ahl As-Sounnah ont établi une règle fondamentale :
il faut distinguer entre :
• Le jugement général porté sur un acte (الحكم على الفعل) : dire « Cet acte relève de la mécréance », ou encore « celui qui fait tel acte ou prononce telle parole est mécréant… » ;
• Le jugement porté sur une personne précise (الحكم على المعيّن) : dire « Untel est mécréant ».
Cette distinction est fondamentale, car le passage du jugement sur l’acte au jugement sur la personne nécessite des conditions strictes et l’absence d’empêchements, comme cela est bien connu dans les livres traitants des aspects dogmatiques (عقيدة).
Une personne peut commettre un acte de mécréance sans pour autant être jugée mécréante. En effet, elle peut être excusée en raison de son ignorance, d’une mauvaise interprétation ou compréhension, d’une contrainte, ou encore de l’absence d’une preuve claire établie contre elle. Tous ces éléments constituent des facteurs empêchant de la déclarer mécréante.
Ainsi, avant de juger de la mécréance d’une personne, les savants exigent la réunion de plusieurs conditions :
• La science : la personne doit savoir que cet acte relève de la mécréance ;
• L’intention : elle doit avoir agi ou parlé consciemment, et non par erreur ou oubli ;
• Le libre arbitre : elle ne doit pas avoir été contrainte ;
• L’établissement de la preuve : cela relève du rôle des savants.
Par ailleurs, ils mentionnent également des empêchements qui bloquent ce jugement :
• L’ignorance ;
• La mauvaise interprétation (التأويل) ;
• La contrainte ;
• L’absence de transmission de la preuve ;
• L’erreur ou l’oubli.
Ce n’est que lorsque toutes les conditions sont réunies et que les empêchements sont levés que le jugement de mécréance peut être envisagé. Toutefois, ce jugement ne relève pas du commun des musulmans, mais doit être prononcé par un savant ou une autorité religieuse compétente, après un examen rigoureux de la situation.
Il faut donc faire la différence entre :
• La conviction dans son for intérieur : c’est-à-dire le fait de croire intérieurement qu’un acte est de la mécréance ou qu’une parole relève de la mécréance basée sur une science certaine. Et en conséquence, croire en la mécréance d’une personne, qui n’engage que sa propre personne, sans en parler à autrui ou émettre de jugement public sur elle ou encore la déclarer mécréante. Cela relève de la croyance et de la science individuelle basée sur les textes.
• Le jugement appliqué à une personne : c’est-à-dire déclarer publiquement une personne mécréante, avec toutes les implications légales et religieuses. C’est un jugement grave, qui entraîne des conséquences importantes (rupture du mariage, rupture du tutorat, pas de prière mortuaire sur lui, non-héritage, etc.), et qui ne peut être appliqué que par les juges ou les autorités compétentes, après une étude complète du cas et l’établissement de la preuve.
Ce point est expliqué de manière détaillée dans l’enregistrement ci-dessous. Nous vous conseillons d’y revenir attentivement afin de bien comprendre cette distinction essentielle.
Toutefois, Allah ﷻ est Le plus savant.
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