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Questions – réponses

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Publié le : 30 janvier 2026
Famille, Femme & Société

Est-ce qu’un musulman peut hériter d’un mécréant ?

Question :

As-Salam ‘alaykoum wa rahmatoullah wa barakatouh. Noble cheikh, qu’Allah soit bienfaisant envers vous et qu’IL bénisse vos efforts. Pourriez-vous répondre à ma question ci-dessous ? BarakAllahou fikoum :

Assalâm ‘alaykoum wa rahmatoullah,
Je suis une sœur de 36 ans, française d’origine, convertie à l’Islam depuis l’âge de 20 ans alhamdoulillah. Je suis divorcée et mère de deux enfants : un garçon de 11 ans et une fille de 8 ans. J’ai effectué la hijra avec eux dans le nord du Maroc depuis un an et demi. Je ne suis pas remariée.

Mes parents, non-musulmans, se sont mariés avant ma naissance. Fille unique, je suis leur seule héritière juridiquement.
Ma mère est décédée lorsque j’avais 15 ans, avant mon entrée en Islam. Mon père est décédé en janvier 2025, également non musulman. Suite aux successions, j’ai reçu la totalité de leurs biens et de leur argent.

Après le décès de ma mère, j’ai également pris juridiquement sa place dans la succession de ses parents (mes grands-parents maternels), avec mes deux oncles. Mon grand-père est décédé en 2017, ma grand-mère en 2025, et la succession finale a eu lieu cette année. J’ai donc reçu la part correspondant à ma mère dans leurs biens.

Après recherche, il m’est apparu que l’héritage provenant de mes parents non-musulmans, ainsi que celui de mes grands-parents survenu après mon entrée en Islam, ne m’est pas licite en tant que musulmane.

Je souhaite donc utiliser cet argent uniquement dans le bien et je voudrais savoir : Puis-je utiliser cet argent pour mes enfants, notamment : leur faire une sadaqa, investir pour leur avenir, subvenir à leurs besoins (santé, soins dentaires, dépenses essentielles), leur offrir le hajj ou la ‘umra ? Puis-je utiliser cet argent pour subvenir à leurs besoins sachant que leur père ne remplit que partiellement ses obligations financières et parentales ?

Quelles sont les meilleures formes d’aumône à effectuer avec cet argent ?
Dois-je privilégier le pays où je vis (le Maroc) pour distribuer cette aumône ?

Parmi les causes qui me tiennent à cœur : orphelins, femmes seules en hijra, personnes endettées, quelles priorités me conseilleriez-vous ?
Étant une femme seule dans un pays qui n’est pas le mien, je souhaite agir de manière méthodique afin que cet argent soit réellement bénéfique à ceux qui en ont besoin.

BarakAllahu fikum, et jazakumAllahu kheiran.

Résumé de la réponse :

La majorité des savants estime que le musulman n’hérite pas du mécréant, avis fondé sur un hadith authentique et adopté par les quatre écoles. Un avis minoritaire, autorise toutefois l’héritage du non-musulman non combattant.

Dans votre cas, tout bien reçu avant votre conversion est licite. Les biens reçus après l’Islam dépendent de l’avis juridique suivi ; même selon l’avis majoritaire, ils peuvent être pris s’ils proviennent d’un testament, d’un don accepté par les héritiers, ou utilisés pour des besoins légitimes comme ceux des enfants ou des causes utiles. Par précaution, il est préférable d’utiliser un argent incontestablement licite pour le pèlerinage.

Réponse :

Wa ‘alaykoum as-salām wa rahmatoullāh wa barakātouh,

Qu’Allah vous récompense pour votre souci du licite.

La règle établie chez la majorité des savants est que le musulman n’hérite pas du mécréant, que celui-ci soit combattant ou non. C’est l’avis adopté par les quatre imams.

Cela est fondé sur le hadith rapporté par Al-Boukhârî (6764) et Mouslim (1614), d’après Ousâma ibn Zayd رضي الله عنهما, selon lequel le Prophète Prophète ﷺ a dit : « Le musulman n’hérite pas du mécréant et le mécréant n’hérite pas du musulman. »

L’imam Ibn ‘Abd al-Barr رحمه الله a dit : « Il est établi de manière authentique que le Prophète ﷺ a dit : “Le musulman n’hérite pas du mécréant”, par la transmission des imams fiables et dignes de confiance. Quiconque s’y oppose est réfuté par ce hadith. C’est l’avis de l’ensemble des Compagnons, des Tabi‘în et des jurisconsultes des différentes contrées, tels que Mâlik, al-Layth, ath-Thawrî, al-Awzâ‘î, Aboû Ḥanîfa, ash-Shâfi‘î, ainsi que tous ceux qui ont parlé de jurisprudence parmi les gens du hadith : le musulman n’hérite pas du mécréant, tout comme le mécréant n’hérite pas du musulman, en conformité avec ce hadith et en le mettant en pratique. Et Allah est Celui qui accorde la réussite. » Fin de citation tirée de At-Tamhîd (9/164).

Ibn al-Qayyim a dit dans Aḥkâm Ahl adh-Dhimma au sujet de l’héritage du musulman provenant du non-musulman :
« Ils ont dit : « Nous héritons des mécréants, mais ils n’héritent pas de nous, tout comme nous épousons leurs femmes alors qu’ils n’épousent pas les nôtres. » Selon eux, la parole du Prophète ﷺ : « Le musulman n’hérite pas du mécréant » doit être comprise comme concernant le mécréant combattant, à l’exclusion du dhimmî (mécréant sous l’autorité des musulmans), de l’hypocrite et de l’apostat.

Ils se sont appuyés sur le fait que le Prophète ﷺ appliquait aux hypocrites, dans les jugements apparents, le même statut qu’aux musulmans : ils héritaient et on héritait d’eux. Or ‘Abd Allâh ibn Oubayy et d’autres, dont le Coran a attesté l’hypocrisie, sont morts ; le Messager d’Allah ﷺ a été interdit de prier sur eux et de demander pardon pour eux, et pourtant leurs héritiers musulmans ont hérité d’eux.

Un groupe de savants a également interprété la parole du Prophète ﷺ : « Un musulman n’est pas mis à mort pour un mécréant » comme concernant le mécréant combattant, à l’exclusion du dhimmî.

Il ne fait aucun doute que l’interprétation de la parole du Prophète ﷺ : « Le musulman n’hérite pas du mécréant » comme visant le mécréant combattant est la plus pertinente et la plus proche du sens juste. En effet, le fait que les musulmans héritent d’eux constitue un encouragement à l’Islam pour ceux des gens de la dhimma qui souhaitent y entrer, et cela représente un intérêt manifeste que la législation Islamique reconnaît et prend en considération dans de nombreux de ses jugements… », fin de citation.

Cet avis reste minoritaire, mais il est reconnu et appuyé par des arguments juridiques sérieux.

Ce qui est fondamental dans votre cas, c’est que tout ce que vous avez reçu avant votre entrée en Islam n’est pas concerné par cette divergence.

Les biens hérités de votre mère alors que vous n’étiez pas musulmane vous appartiennent de manière licite et incontestable, et il n’y a aucun mal ni aucune gêne religieuse à en profiter, à les conserver ou à les utiliser.

Pour ce qui concerne les biens et les sommes reçus après votre entrée en Islam, notamment après le décès de votre père et de vos grands-parents maternels, la question dépend effectivement de l’avis juridique que l’on adopte.

Si nous adoptons l’avis minoritaire, alors il vous est permis d’en bénéficier.

Si nous suivons l’avis majoritaire, cet argent ne vous est pas permis par la seule loi de l’héritage car le Prophète ﷺ a dit « Le musulman n’hérite pas du mécréant ». Cependant, même en suivant cet avis, il y a des moyens légaux d’en profiter :

1- S’il vous a été légué par testament : si les parents mécréants ont légué par testament une partie de leur succession à leur enfant musulman, il est alors permis à cet enfant de prendre cet argent, car le Prophète ﷺ a interdit l’héritage entre le musulman et le polythéiste, mais il n’a pas interdit l’acceptation d’un legs testamentaire.

Ibn Qoudâma a dit dans Al-Moughnî : « Le testament du musulman en faveur du dhimmî est valide, et celui du dhimmî en faveur du musulman l’est également… Il n’est valable que selon les conditions de validité du testament du musulman envers le musulman. Et s’il lègue à un héritier ou à une personne étrangère plus du tiers, cela reste suspendu à l’agrément des héritiers, exactement comme pour le musulman. » Fin de citation.

Il convient également de souligner que l’héritage, en Islam, est établi même en l’absence de testament : c’est un droit qu’Allah a imposé sur les biens du défunt au profit de personnes déterminées, liées au défunt par un lien particulier, tels que ses enfants, ses épouses, etc.

Quant au testament, l’Islam l’a réservé à ceux qui ne sont pas héritiers, comme dans votre cas, et lui a fixé une limite à ne pas dépasser, à savoir le tiers. S’il dépasse le tiers, l’excédent est annulé, sauf si les héritiers majeurs et juridiquement responsables l’autorisent. S’il y a parmi eux quelqu’un qui n’a pas atteint la majorité ou qui n’est pas apte, alors le legs ne s’applique pas à sa part et ne peut être compensé par la part des autres.

2- Si les héritiers acceptent que vous le gardiez comme un cadeau ou un don. Une personne dans votre situation dit à ses proches (si elle en a) : « Je n’ai aucun droit à cet héritage selon ma religion. Si toutefois vous m’autorisez à le prendre, alors je le prendrai à titre de don. ».

Si vous prenez cet argent par le biais d’une donation, il devient alors semblable à l’ensemble de vos autres biens. Vous êtes libre d’en disposer : soit en le dépensant, soit en l’épargnant, soit en le donnant.

3- Si cet argent va être perdu, personne ne va en profiter ou il va être utilisé dans le haram par des mauvaises personnes.

Dans cette optique, l’argent reçu après votre conversion à l’Islam pourrait être utiliser pour vos enfants. En effet, vos enfants ne possèdent pas de biens propres, et même si, en principe, leurs dépenses incombent à leur père, la réalité montre qu’il n’assume cela que partiellement.

Subvenir à leurs besoins essentiels, notamment en matière de santé, de soins dentaires, de dépenses médicales ou de stabilité de vie, ne pose aucun problème religieux – in cha Allah. Cela entre clairement dans la protection et la préservation d’âmes qu’Allah vous a confiées.

De même, investir cet argent pour leur avenir, afin de sécuriser leur éducation, leur installation future ou leur hijra, est, nous l’espérons, une bonne alternative.

Votre fils, en particulier, portera de lourdes responsabilités plus tard envers sa sœur et sa famille, et l’aider à s’y préparer est une sadaqa continue à travers lui.

En revanche, pour le pèlerinage, il est préférable, par précaution, d’utiliser un argent dont la licéité ne fait l’objet d’aucun doute, afin que cette adoration soit accomplie avec un cœur totalement apaisé et présentée à Allah avec un argent le plus pur possible.

Concernant les aumônes, sachez que les meilleures auprès d’Allah sont celles qui sont les plus utiles, les plus durables et les plus bénéfiques à la religion et aux créatures. Participer à des projets religieux conformes à la Sounnah, aider des orphelins, soutenir des femmes seules en hijra, soulager des personnes endettées sont parmi les œuvres les plus méritoires. Si ces causes vous tiennent à cœur, vous êtes sur une très bonne voie.

Quant au lieu où orienter votre sadaqa, rien ne vous oblige à vous limiter au Maroc, mais aider les nécessiteux autour de vous, dans le pays où vous vivez, permet souvent une meilleure connaissance des besoins réels et une plus grande efficacité. Vous pouvez également répartir : une part localement, une part ailleurs, selon les urgences et la fiabilité des causes.

Enfin, mon conseil est d’agir avec méthode, comme vous le souhaitez, en demandant constamment à Allah de vous guider vers ce qui Lui est le plus agréable. Multipliez l’istikhara, prenez votre temps, et sachez que votre intention de ne pas consommer un bien douteux pour vous-même, mais de le transformer en bien pour autrui, est en soi une grande adoration.

Qu’Allah mette la barakah dans vos biens, protège vos enfants et raffermisse votre hijra.

Toutefois, Allah ﷻ est Le plus savant.

Source : www.dourous-sounnah.com

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